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Nous avons acquis la conviction que la massification est en route, même si on peut avoir l’impression que cela va lentement.

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La mission agroécologie, confiée par le comité de bassin à Lionel Alletto, Philippe de Guenin et Philippe Pointereau, a rendu son rapport en décembre. Ses trois rédacteurs répondent à nos questions et reviennent sur les principaux enseignements de leur travail.

Quel était l’objectif de cette mission agroécologie ?

Notre mission prévoyait d’une part d’évaluer l’essor de l’agroécologie dans le bassin, d’autre part d’identifier les freins que cet essor rencontre, et en conséquence les leviers sur lesquels les membres du comité de bassin pourraient agir. Enfin nous devions faire des propositions pour accélérer son développement.

Vous avez choisi d’y intégrer des éléments de contexte. En quoi éclairent-ils votre état des lieux et les évolutions en cours dans le monde agricole ?

Aujourd’hui, en résumant, une forte attente en faveur de l’agroécologie s’exprime au sein de la société civile, largement portée par les mouvements environnementalistes. En parallèle, une partie du monde professionnel exprime une forme de défiance à l’égard de cette demande, jugée irréaliste par certains. Il peut en résulter le sentiment pour les uns que ça n’avance pas assez vite et pour les autres qu’on veut aller trop vite, en risquant la sortie de route.

En rappelant des éléments de contexte nous avons voulu rappeler aux uns et aux autres que la faiblesse des niveaux de revenus des agriculteurs, notamment du fait des crises, ne plaçaient pas ceux-ci dans une situation idéale pour s’exposer à davantage de risque. Or, toute évolution de pratique comporte une part de prise de risques. 

À l’opposé, on pourrait nous faire remarquer que nous n’avons pas insisté sur l’extrême gravité du contexte environnemental, qu’il s’agisse de l’érosion de la biodiversité ou du changement climatique. Ce choix s’explique par ce que nous avons ressenti au cours de nos entretiens, que ce constat était déjà largement partagé par l’ensemble de nos interlocuteurs.

Au terme de ce travail, quelles recommandations clés avez-vous souhaité mettre en avant pour atteindre l’objectif de massification du recours aux pratiques agroécologiques ?

Nous avons acquis la conviction que la massification est en route, même si on peut avoir l’impression que cela va lentement. 

Nous formulons néanmoins des recommandations pour accélérer le mouvement. Nous avons décidé de n’évoquer que des recommandations « à portée » c’est à dire celles que les intervenants du bassin peuvent mettre en œuvre sans attendre des évolutions dépendant des autres.

C’est ainsi que nous ne traitons pas de « ce qu’il faudrait changer dans la PAC » qui est sûrement un sujet très important et nécessitant un gros travail mais qui ne dépend pas, loin s’en faut, des seuls membres du comité de bassin à qui le rapport est destiné.

Il est presque impossible de condenser en quelques lignes ce que nous avons proposé. Mais à grands traits, disons qu’il faut d’une part lever l’obstacle du « non-financement » de la prise de risque associée à l’adoption de pratiques recommandées.

D’autre part, nous devons mieux travailler ensemble pour que les résultats observés localement deviennent plus accessibles aux agriculteurs du bassin.

Sur le premier point nous recommandons que les acteurs se concertent pour mettre en place un fonds de péréquation au sein des coopératives, afin qu’une prise de risque encadrée soit compensée par une garantie financière, elle aussi encadrée.

Sur le deuxième point nous préconisons notamment plusieurs mesures pour que les expérimentations, foisonnantes, soient mieux cadrées en termes de reporting, mieux diffusées et fassent l’objet, à leur conception d’une plus grande concertation avec les filières et les représentants de la société civile.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris au cours de cette mission ?

Bien qu’ayant à nous trois une longue expérience des acteurs du terrain nous avons été très surpris dans nos entretiens du niveau de convergence autour des objectifs de l’agroécologie.

Il nous est impossible de révéler ce qui nous a été confié par les uns et les autres sous le sceau de la confidentialité, mais nous avons été surpris de voir à quel point les représentants que nous avons rencontrés adhéraient d’une part à l’objectif d’accroître le recours aux pratiques agroécologiques et reconnaissaient d’autre part la difficulté à y arriver dans des systèmes largement verrouillés par des contraintes socio-économiques.

Quiconque croirait que c’est par l’entretien de polémiques ou de propos accusatoires que l’on pourrait accélérer la mutation, se tromperait lourdement. Les élus en sont particulièrement conscients et font preuve d’un degré de responsabilité à cet égard qui nous semble avoir disparu dans d’autres secteurs du débat public.

Rapport de la mission agroécologie

Rapport de mission Agroécologie Comité de bassin Vue aérienne du village de Clermont-Dessous en Lot-et-Garonne, Adour-Garonne © BARTHE Pierre / AEAG Rapport final 14 novembre 2025