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Malause : continuité écologique et hydroélectricité

Publié le 25/06/2022

Dans le Tarn-et-Garonne, sur le territoire de la commune de Malause, un barrage hydroélectrique, certes fournisseur d’énergie décarbonée, empêchait néanmoins les poissons migrateurs de passer. Un problème résolu, et une continuité écologique restaurée, grâce à un chantier d’une envergure inédite de franchissement piscicole.

Au barrage de Malause on concilie continuité écologique et énergie

Vidéo « Rivière de contournement du barrage de Malause »

Quand on remonte la Garonne depuis le Bassin d’Arcachon, c’est au niveau de l’aménagement hydroélectrique de Golfech (Tarn-et-Garonne) que la vie aquatique rencontre son premier grand obstacle. Un problème essentiel pour la biodiversité, car “la Garonne est le seul grand fleuve d’Europe de l’Ouest où on trouve [encore] l’ensemble des poissons migrateurs”, explique Franck Solacroup, Directeur de la délégation Garonne-Amont à l’agence de l’eau Adour-Garonne. Pour se reproduire, saumons, truites de mer, aloses, lamproies et autres anguilles doivent en effet remonter la Garonne pour atteindre leurs zones de frayage respectives, ou au contraire la descendre (pour les anguilles qui se reproduisent elles en eau salée). Pour ces espèces protégées, dont la population diminue de manière inquiétante d’année en année, la présence d’un obstacle infranchissable dans l’un des derniers bassins hydrographiques européens les accueillant encore n’était donc pas un point de détail.

Des intérêts (divergents), à concilier (nécessairement)

Mais cette problématique devait être nécessairement conciliée avec une autre, celle de maintenir la production d’énergie - décarbonée -, au bénéfice des habitants de ce territoire. Mise en service en 1973, l’aménagement hydroélectrique de Golfech, exploité par EDF, représente une capacité d’alimentation d’une ville de 125 000 habitants, et constitue le 2e aménagement de l’énergéticien français dans le Sud-Ouest, qui exploite au total près de 40 centrales hydroélectriques en Occitanie et Nouvelle-Aquitaine. Pour répondre aux enjeux environnementaux, l'aménagement fut muni d’un ascenseur à poissons (1987), puis d’une rampe à anguilles (2002). Grâce à un système de vidéo-contrôle mis en place quant à lui en 1993, le passage de 3,2 millions de poissons a pu être comptabilisé, dont 56 % sont des poissons migrateurs spécifiquement visés par ces dispositifs. Et si la preuve du bénéfice des aménagements avait donc été apportée, il a été décidé d’aller - encore - plus loin.

Nouvelle étape pour la continuité écologique

En juillet 2022, une nouvelle étape cruciale pour la continuité écologique est franchie dans cette zone de nécessaire “arrangement” entre vies aquatique et humaine. A Malause, une véritable rivière de contournement est mise en service pour permettre aux poissons migrateurs, comme son nom l’indique, de contourner l’installation d’EDF, et faciliter encore davantage leur passage. Si l’équipement n’est pas le premier du genre, il est en revanche remarquable par ses dimensions (450 mètres de long) qui font de lui le plus long ouvrage de contournement piscicole en France, et le budget d’investissement qu’aura accordé l’énergéticien français aux travaux : 8 millions d’euros, financés à hauteur de 40 % par l’agence de l’eau Adour-Garonne.

Rivière artificielle, et exemplaire

L’ouvrage est également exemplaire de par les principes de gestion environnementale qui ont présidé à sa conception. Il intègre en effet un plan de gestion des espèces exotiques envahissantes et une re-végétalisation du site privilégiant les espèces indigènes, dans le respect du label « Végétal local », en partenariat avec le Conservatoire des Espaces Naturels Midi-Pyrénées. Le projet accorde même une place aux usages sportifs et ludiques aux abords de l’ouvrage, dans une logique de développement territorial. “Au-delà de la problématique de la continuité écologique, cette rivière de contournement s’inscrit dans un projet beaucoup plus global de développement local, pour permettre de développer les usages de loisirs : canoë-kayak, pêche, développement de la promenade sur les bords de la Garonne…”, explique Franck Solacroup.

7 poissons migrateurs présents dans cette zone

450 m de distance pour cette rivière

40 % soutien financier de l'Agence sur ce projet