Bassin Adour-Garonne
Edito juillet 2026
#151
Elodie Galko, Directrice générale de l'agence de l'eau Adour-Garonne
Après des inondations historiques cet hiver et au début du printemps le basculement a été fulgurant. Ce contraste n'est plus une anomalie : il devient la nouvelle expression du dérèglement climatique, alternant excès et pénuries d'eau.
Les pluies diluviennes parce qu'elles ruissellent davantage ont limité l'infiltration d'une partie des précipitations. Elles ont laissé place à un étau de chaleur et avec lui une sécheresse intense et durable. Une chose est d’ores et déjà certaine : le bassin Adour-Garonne est en première ligne face à ces chocs climatiques et hydrologiques dont on ne mesurera toute l’étendue des conséquences, tant économiques qu’environnementales, que dans plusieurs semaines.
Depuis plusieurs jours, les canicules se succèdent. Celle, précoce, de mi-mai a asséché les sols en surface. L’épisode actuel nous fait franchir un seuil d'alerte inédit à cette période de l'année et nous impose une nouvelle fois la gestion d’une crise exceptionnelle. Le recours au soutien d’étiage vient d’être révisé à la baisse et ne vise plus que le débit d’alerte. Il s’accompagne de mesures de restrictions des usages de l’eau sur la quasi-totalité du bassin. Concrètement nous réduisons les débits de nos cours d’eau pour que nos réserves nous permettent de tenir jusqu’au retour des pluies à l’automne.
Les cultures dépérissent, les écosystèmes s’affaiblissent, la biodiversité recule et les tensions entre usages s'intensifient.
Cette situation rappelle que la gestion de l'eau ne relève plus seulement de la réponse aux crises : elle devient un enjeu majeur de souveraineté, d'aménagement du territoire et de cohésion nationale.
Dans le même temps, l'examen du projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles nous rappelle une évidence : l'eau n'est pas une ressource comme les autres.
Les débats nourris ont laissé place à un compromis au sein des deux assemblées qui illustrent toute la complexité des arbitrages qu'impose désormais le changement climatique. Un point doit nous rassurer, la gouvernance de l’eau a été préservée.
L’eau est le fondement de notre agriculture, de la vitalité de nos territoires et du bon fonctionnement des écosystèmes. Elle façonne nos paysages, soutient la biodiversité et garantit notre qualité de vie. Elle est également indispensable à notre industrie, à notre production d'énergie et à l'attractivité de nos territoires.
En plein cœur de cette vague de chaleur une certitude s’impose : sans eau, il n’y a ni agriculture, ni économie, ni vie et encore moins d’adaptation possible au réchauffement.
L’accord trouvé en commission mixte paritaire marque ainsi une étape importante car il acte une réalité : face à la rareté, l’eau prend la dimension d’un bien commun. Un bien commun dont la préservation engage autant les pouvoirs publics que les collectivités, les acteurs économiques et chaque citoyen.
En matière d’accès à l’eau, il apparait plus que nécessaire de concilier des exigences plurielles : assurer la souveraineté alimentaire, soutenir le développement des territoires et préserver les milieux naturels
Cet épisode marque un point de bascule : l’accès à l’eau ne sera plus jamais une évidence. Il deviendra un choix collectif, que nous devons construire et défendre ensemble. Notre capacité à nous adapter au changement climatique dépendra de notre aptitude à anticiper, à investir et à construire des compromis durables autour de ce bien commun.